L'approvisionnement énergétique du cerveau et le flux d'informations
Contrairement aux autres tissus de l'organisme, un flux complexe d'informations entre les différentes cellules du cerveau régule l'approvisionnement sanguin. L'élucidation des mécanismes responsables du couplage entre approvisionnement énergétique et utilisation de cette énergie est par conséquent essentielle si l'on veut comprendre les mécanismes de certains troubles neuropsychiatriques.
Une altération des fonctions neuro-métaboliques est en effet détectée
dans de nombreux troubles neurologiques comme la dépression, la maladie
d'Alzheimer ou la schizophrénie. Le projet BRAINENERGYCONTROL
(«Quantifying control of brain energy supply by the
neuron-glia-vasculature unit»), financé par l'UE, a étudié les relations
pouvant exister entre le flux d'information des circuits neuronaux et
les échanges métaboliques entre neurones et cellules gliales. Pour ce
faire, les chercheurs ont combiné la modélisation mathématique et
l'imagerie in vitro.
L'une de leurs découvertes majeures démontre qu'une transmission
efficace de l'information en présence d'interférences au niveau de la
synapse nécessite une probabilité de libération faible des
neurotransmetteurs à cet endroit. C'est de fait la solution optimale
pour maximiser la transmission de l'information en fonction du coût
métabolique. Ce résultat explique un phénomène qui n'était pas encore
bien compris, le manque de fiabilité des synapses qui ne libèrent les
neurotransmetteurs qu'une fois sur quatre après l'arrivée d'un potentiel
d'action présynaptique.
De même, des expériences sur des cellules relais du noyau géniculé
latéral de rat montrent que l'amplitude des courants postsynaptiques est
réglée pour maximiser le rapport entre l'information transmise et la
consommation d'énergie post-synaptique. Ces résultats suggèrent ainsi
l'existence de mécanismes homéostatiques qui régulent tant la
consommation d'énergie que le transfert d'informations au niveau
synaptique.
Les travaux de ce projet accroissent également nos connaissances sur
la consommation d'énergie du cerveau en analysant la consommation d'ATP
(adénosine triphosphate) dans des tâches non dévolues au transfert
d'information, tâches qui peuvent représenter jusqu'à 50 % de la
consommation d'ATP dans le cerveau. Les chercheurs ont montré que la
plus grande partie de cette consommation non dédiée à l'information
était utilisée pour le remplacement de l'actine et des microtubules du
cytosquelette.
Dans l'ensemble, le projet a ainsi pu nous présenter un modèle des
interactions métaboliques de l'ensemble vasculaire des neurones et des
glies. Cette modélisation permettra pour la première fois une simulation
à grande échelle de la vascularisation neurogliale intégrant les
moments d'activation respectifs du métabolisme énergétique et de
l'excitabilité neuronale.
publié: 2015-02-12